Tableau d'Honneur

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Tableau d'honneur à Claude Landez

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Claude Landez : prothésiste humaniste

                                    

  Claude avait un charme et un pouvoir d’attraction lorsqu’il intervenait .Claude était avant tout un homme généreux et disponible. Rentré en urgence de Corse en 2008 et après avoir été opéré du cœur, j’avais eu une conversation téléphonique, alors qu’il était sur son lit d’hôpital, concernant sa future participation à « nos rencontres APD » auxquelles il comptait fortement participer.

  La Corse justement qu’il rejoignait souvent , pour séjourner dans sa maison à Pinarellu où ses voisins s’appelaient Stéphane Freiss, Michel Sardou ou Michel Constantin. Ce dernier, acteur de cinéma reconnu, après avoir été capitaine de l’équipe de France de volley, animait un club de ce sport à Pinarellu… Où le rejoignait Claude. J’ai appris, en faisant ce tableau d’honneur que Claude pratiquait également le volley et avait créé une « corpro » de volleyeurs, avec les employés de son labo et d’autres prothésistes dentaires dans les années soixante-dix. La Land Rover trônait à côté de sa maison, symbole de tous ses périples africains. En la voyant, on se mettait immédiatement à rêver.

 

  D’origine Ardéchoise et Aveyronnaise, Claude avait créé un laboratoire à Issy les Moulineaux, puis s’était associé à trois autres prothésistes dentaires, Jacques Gastine, Bruno Honoré, Jacques Lerondeau, pour créer LDA avenue du Maine 75014 Paris, l’un des plus importants laboratoires de la région parisienne.

Lorsque nous voyions Claude animer une conférence on ne pouvait que le respecter. Il a fait partie des vingt glorieuses années de notre profession entre 1965 et 1985 au cours desquelles la céramique a tellement évolué, mais avec tellement d’échecs, que nul ne les ayant vécus, ne peut imaginer. Il a donné ses lettres de noblesse à notre profession avec les meilleurs des prothésistes dentaires de l’époque ( Lagneaux, Pichard. Michaelli, Pradoux, Ollier, Lambart, Ganzo, Landez, Hugon, Gastine.) Une époque où la céramique dentaire était une véritable épopée. Ce fut le début des interventions publiques et des conférences, où les prothésistes dentaires communiquèrent, aussi bien sur leurs échecs techniques que sur leurs succès. D’introvertis, ils devinrent extravertis, avec l’aide de courageux dentistes et stomatologues.

 

  Modeste et généreux, il aimait conseiller, enseigner et dispenser son savoir qui était immense. Bruno Giordano me disait garder le souvenir, où venant de s’installer, Claude était venu dans son laboratoire, l’encourager en lui souhaitant une belle réussite, ce qui fut fait.

Il était aussi capable de s’émerveiller devant l’apparition de la CFAO, avec une petite inquiétude, un changement d’époque. Quant aux importations de prothèses chinoises, nous avions le même point de vue.

Il avait aussi « bourlingué » avec Marcel Louvet Fondateur de la Société Franco-Suisse (devenue Fransor) et je me souviens de toutes ces incroyables anecdotes recueillies lors d’un déjeuner préparé par Marcel, dans son usine, en janvier 2006.Q quel personnage également, avec des ombres et de la lumière.

 

Claude avait créé TAA, « Trans Africa Association », Association de terrain née en 1984 d’une collaboration avec le Dr Robert Bugugnani , enfant spirituel du grand Leibowitch, composée de professionnels et de coopérants bénévoles résolus à apporter leur contribution dans le domaine de la santé, de l’éducatif, du sanitaire et du social. C’est au Burkina Fasso, pays démuni de l’Afrique sahélienne que se sont portés tous ses efforts pendant ces 25 dernières années. TAA a notamment réalisé 27 équipements dentaires complets et 1 laboratoire de prothèse dentaire entièrement équipé au CHR de Ouahigouya

En tout, 75 missions furent menées à bien.

Trouver des donateurs, acheminer produits pharmaceutiques, médicaux, dentaires, et jusqu’à même apprendre la céramique aux prothésistes locaux, ce fut l’infatigable bénévolat de Claude et de Michèle, avec qui il devait fêter ses noces d’or. «  Tout cela est le fruit de l’engagement d’une espèce rare, générosité et altruisme bien dirigés, celui d’un couple que tous ceux qui ont le privilège de le connaître n’ont pu qu’aimer et admirer : Claude et Michèle, sa femme son alter ego. » disait Docteur Robert Bugugnani (décédé en décembre 2019) lors de ses obsèques.

  Autant d’actions qui ont été récompensées en 1995 par l’Ordre du Mérite Burkinabé pour services rendus à la Nation, après celui de l’Ordre du Mérite français en 1977. Médailles qu’il ne portait jamais, dont il ne parlait jamais. Il ne ressentait pas le besoin de se montrer, modestie oblige.

 

Claude avait été CET ( Conseiller de l'enseignement technologique) à l'Éducation Nationale, et l’un des fondateurs Club Français de Céra­mique en compagnie du professeur Raymond Leibowitch qu’il présida également. « Leibo » qu’il faudra bien aussi honorer, un homme de caractère, humaniste lui aussi, qui venait avenue du Maine pour échanger et partager, leurs propres expériences professionnelles.

Il intervenait parfois au sein du syndicat parisien des prothésistes dentaires pour motiver notre profession à se battre pour un niveau supérieur d’enseignement, type bac +3. Il avait également parmi sa clientèle le professeur Guy Penne, doyen de la faculté dentaire qui devint conseiller du président Mitterrand.

Claude était aussi expert judiciaire près de la Cour d’Appel de Paris . Par ailleurs, il donnait régulièrement des conférences en France et à l'étranger et il était l'auteur de nombreuses publications. Ses relations étaient éclectiques, ce qui enrichissait son savoir et son humanisme.

 

Parmi les truculentes histoires qui ont émaillé sa vie , celle d’avoir appareillé un célèbre Président d’Afrique très lié à la France et réciproquement. Claude était arrivé en compagnie de Robert Bugugnani à l’aéroport de cette capitale africaine où les attendait en grande pompe Mercedes blanche et cérémoniale. Travail en binôme effectué avec succès, quelques mots malencontreux échangés dans leur chambre d’hôtel et ayant été interceptés par des gens dont c’étaient le métier, ils furent priés de quitter le pays par le premier avion venu…

Dans ces tableaux d’honneur à notre profession , j’ai voulu honorer les personnes, qui en plus de leur métier, se sont données corps et âme à des passions et à des actions continues. Claude Landez, c’était la générosité qui faisait partie de sa nature « il avait compris qu’un don ne devait pas être un abandon » (Robert Bugugnani). Avec Michèle, il récoltait du matériel et des produits spécialisés (médicaments, équipement dentaire de cabinet et de laboratoires.) mais pour être certains qu’ils arriveraient bien à destination, ils participaient à leur transport routier et à leur distribution. «  Claude Landez s'acquittait de ce véritable apostolat, avec silence et modestie. »

Nous l’avons quitté dans une église remplie de tous ses très nombreux amis en novembre 2008, accompagné d’un orchestre de jazz qu’il aimait tant, pour le cimetière Montparnasse.

Une phrase parcourue l’assistance résumant l’ami de tous les prothésistes dentaire «  Claude, on te croyait presque éternel. Ton cœur t’a trahi, toi qui en avais tant. »

Jean-Jacques Miller jjmiller@apd-asso.fr

 

Ps : Je tiens à remercier Philippe Landez, Claude Canton, Michel Cavaillez..de m’avoir apporté leur témoignage pour ce tableau d’honneur.

 

P.s : Être humaniste c’est travailler pour une meilleure compréhension du monde, c’est la solidarité avec autrui, c’est faire fi de sa vanité. C’est attribuer les mêmes droits aux hommes tout en sachant qu’ils sont différents . C’est cultiver la tolérance, c’est respecter l’homme. C’est donner à l’autre le droit de penser autre chose que ce que l’on aimerait qu’il pense. C’est donner à l’autre le droit d’exprimer autre chose que ce que l’on voudrait, en notre for intérieur, entendre. C’est adapter son action à la capacité de recevoir de son partenaire, C’est avoir du cœur tant en actes qu’en paroles, tant en paroles qu’en actes. C’est enfin être convaincu que l’effort ne trouve sa récompense que dans sa propre conscience....

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P.s: Afin de complèter nos tableaux d'honneur, nous recherchons tous témoignages concernant le Professeur Raymond Leibowitch.

Ecrire: apd@apd-asso.fr

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 " Tableau d'Honneur à Dino Li "

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"L’œil et la main" de Dino

  «

Avril 2020. Les masques de protection, l'hydroxychloroquine et la pandémie sont les premiers sujets d’actualité des Français, mais nous avons tous envie de nous évader, de rêver, d’admirer les belles choses.

Pour Dino Li, le Covid19 devient la fleur de pissenlit chargée de ses aigrettes dont il suffit de souffler dessus pour les voir s’envoler. La photo est superbe. Dino Li est en France. La réalité est dans le confinement. Il faut attendre pour ressortir, « restez chez vous » nous souffle-t-il. Le confinement, Dino l’a connu.

Sa terre natale c’est l’île Maurice , plage de rêves et lagon turquoise pour les touristes, avec un système éducatif basé sur le modèle anglo-saxon et où de multiples influences se retrouvent dans une savoureuse cuisine locale, un art de vivre raffiné dans laquelle l’ancienne présence française est omniprésente. Mais pour Dino, les perspectives d’avenir sont limitées.

Venant de l’Île Maurice avec un visa d’étudiant il y a 25ans, une histoire d’amour le fait arriver à Lyon . Il s’inscrit à IFOSUP pour passer un CAP en deux ans puis 2 années de spécialisation. C’est en deuxième année que son professeur, Serge Pommet lui a ouvert les yeux et lui a donné vraiment le goût du métier, une reconnaissance qu’il ne cesse de revendiquer. Au bout de ces quatre années, avec son visa, il n’avait pas la possibilité de travailler et s’est retrouvé  un « sans-papiers » pendant 3 ans, mais avec l’objectif de travailler pour les « sans-dents ». Sans papiers, ne veut pas dire sans instruction, ni éducation, ni ambition. « Les aptitudes sont ce que vous pouvez faire. La motivation détermine ce que vous faites. Votre attitude détermine votre degré de réussite. » Un texte de Lou Holtz, célèbre joueur et entraîneur de football américain, qu’il cite volontiers… et il appliquera ces mots à la lettre.

La motivation pour Dino, fut « d’attirer l’attention et de donner l’envie ». Au côté d’ Hugues Bory, il a appris à maîtriser les matériaux en correspondant avec lui puis en le rencontrant. « Apprendre à regarder les dents naturelles, imiter et créer, apprendre de ses erreurs et même fabriquer ses propres instruments », Dino apprend, se stimule et s’enthousiasme.

Au bout de 3 ans c’est la fin de son confinement  : enfin des papiers officiels. Il finit par avoir difficilement raison de l’administration. Et c’est là que tout a commencé :

L’apprentissage de la céramique allait de pair avec celui de la photographie. « Les belles photos donnent envie, donnons l’envie d’avoir envie »

Mais Dino est un prothésiste dentaire dont les sculptures sont à la hauteur de son talent. Dans le domaine de la céramique, « l’important c’est le rapport à la lumière » « regarder et observer les dents naturelles » son leitmotiv, appris aussi auprès de Gérald Ubassy «  La photo m’a appris à travailler. Ne jamais abandonner, ne jamais s’arrêter, toujours apprendre de ses erreurs"

Chacun est capable de faire une photo de mariage et de la rater. Ce fut le cas pour Dino, presque un drame. Et quand Dino nous l’explique, tout devient limpide et clair « Au travers une photo, il faut raconter une histoire pour que les gens s’identifient à l’histoire » Mariage, enfants, famille, le noir et blanc de Dino Li nous impressionne. Expliqué par Dino, nous sommes émerveillés.

Dino a longtemps travaillé dans un cabinet dentaire, là où l’on voit systématiquement les résultats de nos succès ou de nos échecs, mais là aussi où la liberté d’exprimer toutes ses capacités professionnelles sont sujettes à la personnalité du chirurgien-dentiste, et pas forcément à celle du prothésiste, ce personnage de l’ombre que chacun voudrait mettre en lumière et sur scène.

Épanouissement, indépendance, vivre entièrement ses passions et vivre aussi de son métier … Dino, toujours souriant, modeste et sans prétention aucune, me délivre son art de vivre. Durant nos conversations, J’ai découvert un prothésiste dentaire heureux. À le voir et à l’entendre, vous serez convaincus.

Aujourd’hui Dino Li à 45ans. Il s’est installé il y a 2 ans considérant avoir désormais la maturité professionnelle pour accomplir son travail avec le plus de rigueur et de liberté. Soucieux d’une gestion saine, dans un environnement concurrentiel, il avance prudemment sur les investissements, préférant parfois une sous- traitance de qualité, pour mieux se consacrer à l’intégration de ses réalisations au physique et à la personnalité du patient. La prudence est mère de sûreté. S’adapter au marché et à la situation économique, tout en proposant une prothèse de qualité : des bases nécessaires qu'il n’oublie pas.

La prudence chez Dino, c’est de ne pas s’imposer, ne pas se mettre en avant. Souvent, nous n’avons pas le choix lorsque nous sommes devant le patient et le chirurgien-dentiste. « 3ème roue du carrosse », diront certains ! Entre le « statut du patient » et le « statut du praticien » il est parfois difficile pour un prothésiste d’imposer sa réflexion.

Le patient cherchant à "s’offrir ce qu’il y a de mieux". Lui donner le meilleur, c’est de s’offrir « la collaboration » du prothésiste dentaire . Tout cela ne peut se faire lors d’un premier rendez-vous. Il y a   toujours des protocoles de communications à mettre en place avant le protocole photo. Ne pas se substituer à l’homme de l’art, ne pas froisser certaines susceptibilités, mais arriver au bon moment, tel est le travail de collaboration qui est celui du prothésiste dentaire.

Dino Li, par ses cours de « prothésiste-photographe » cherchera toujours à inspirer et à motiver, plutôt qu’à se montrer en donneur de leçon, jamais en super héros.

Un exemple de travail de Dino pouvant inspirer prothésistes et dentistes  :

Chez Dino, tout est relationnel avec le patient. La première entrevue ne commence pas par une photo. Attendons regardons, comprenons. Mettons-nous en confiance, détendons-nous, l’un et l’autre, jusqu’à faire ressortir l’émotion. Puis vient l’art de faire poser les gens. Derrière l’appareil photo, il y a un metteur en scène. Celui qui doit donner envie de sourire naturellement, de rire, de faire découvrir ses dents avec toutes les expressions de son visage. Un metteur en scène se doit de faire donner le maximum à son acteur, le patient. Parfois c’est une dame qui en racontant sa vie va finir par sourire naturellement, à s’extérioriser. Là, c’est gagné, et l’artiste photographe peut redevenir l’artisan prothésiste. Tout le monde est gagnant.

Lorsque l’on oblige le patient à sourire, la photo est souvent ratée, car le sourire est une question de confiance. On utilise environ 17 muscles pour sourire, 4 fois plus pour faire la gueule. Il faut susciter l’émotion pour rendre le sourire sincère et non feint. Il faut aussi observer les yeux, les petites rides, les pattes d’oies qui sont le signe d’une authentique joie. Et clic,   le sourire devient naturel, la photo est bonne. On ne peut pas dissocier le sourire et les dents, mais la photo ne sert plus à prendre seulement la teinte, mais à guider le prothésiste dans la maîtrise des formes, des couleurs, et de l’envie du travail bien fait.

Un style qu’il a acquis à force de travail, voire avec l’aide de Facebook sur les différents forums photographiques, son terrain de jeu, comme il l’appelle. Quant à Photoshop attention à ne pas en abuser dans notre métier. Vous tromperez le praticien sur votre travail une fois, mais pas deux.

Dino nous rappelle l’importance de ce que nous avons envie de faire passer comme message dans la photo, et si possible de s’amuser par le travail, ce qui n’est pas permis à tout le monde.

Photos d’enfants, de femmes, de dents sculptées, de coupes de dents naturelles, d’instruments dentaires, de visages, de sourires ouverts ou fermés, toutes ces images défilent avec un réel bonheur, devant ceux qui ont assisté à ses cours ou à ses conférences.

Grâce à son œil et sa main Dino a pu concilier ses deux passions au service des trois acteurs du dentaire, le patient, le prothésiste, et le dentiste.

Mais, rien n’est acquis dans notre métier, on essaye de limiter ses échecs, on apprend tout le temps, de soi et des autres.

«  Je vous invite à embrasser ce merveilleux art qu’est la photographie et à l’intégrer dans votre pratique journalière, non seulement pour mettre en valeur votre travail, mais aussi pour que vos photos deviennent le reflet de votre créativité et de votre passion» Dino Li

 

J’ai essayé de rapporter le plus fidèlement ce que j’ai retenu de Dino , reprenant parfois ses paroles ou les interprétant, traduisant sa volonté de faire partager son expérience professionnelle, et au-delà, de sa vie tout court. Un tableau d’honneur qui ne pouvait lui échapper.      

JJ Miller (31 mai 2020)

Sur Dino Li :www.dinoli.com

https://www.sensdigitaldentistry.com/

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Les commentaires sont les bienvenus et appréciés. Vous pouvez nous écrire, nous le publierons après lecture. Écrire : contact@apd-asso.fr



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Tableau d'honneur à Hugues Bory
new02.jpg Hugues Bory
Hugues a été une source d'inspiration et un moteur pour nombre d'entre nous. Il a formé plusieurs générations de prothésistes à la prothèse totale selon le concept Gerber. Il a amené cette spécialité de la prothèse totale à un niveau d'excellence comme peu de personnes savent le faire.
Au-delà de son apport aux prothésistes dentaires, certains d'entre vous se souviendront de l'aventure de la denturologie, à la grande heure du syndicat au début des années 90. Là encore son énergie et ses connaissances étaient une valeur inestimable pour l'avancé de cette profession alors naissante en Europe et au Canada.
Jésus Navas qui l'a bien connu à partir de cette époque, l'a décrit, lors de son oraison, en deux termes : C'était un Savant et un Missionnaire
Savant par ses connaissances acquises en se formant seul, ramenant de Paris des livres d'anatomie, de kynésiologie, de psychologie, de pharmacologie, de microbiologie, de technologie …
Un jour il s'est exclamé « j'ai trouvé ! » , comme les savants grecs s'exclamaient « Euréka ! »il s'agissait de comment concilier la denturologie en France.
Ainsi , il a inventé le stage de prothèse totale des 3P ( Praticien, Patient, Prothésiste ).
Tout le monde dans le même stage pour mettre en œuvre le magnifique concept Gerber.
Avant d'être le personnage incontournable du concept Gerber en France , il s'était déplacé en Suisse
pour rencontrer Max Bosshart et lui montrer ce dont il était capable. Il a sorti de sa valise les livres et les articulateurs , montrant son savoir à Max qui témoigna par la suite avoir été impressionné par sa prestation. Et son numéro combien de fois il l'a joué, déballant sa science devant des auditoires rendus insomniaques par le fossé qui apparaissait entre leurs réalités et ce qu'ils découvraient.
Ce savoir , il l'a partagé des années durant en enseignant dans des écoles, organisant conférences et stages, allant jusqu'en Russie, en Hongrie, au Cambodge et en Inde. Se spécialisant même pour la formation, et chaque week-end il remplissait inlassablement sa voiture de plâtre et modèles de travail, articulateurs et arc faciaux, alginate et oxyde de zinc pour transmettre ce savoir.

Arpentant la France de Lille à Nice, de Rennes à Strasbourg de Lyon à Bordeaux pour diffuser la 'bonne parole' d'une prothèse bien équilibré, d'un enregistrement intra-oral par pointeau central ou d'une empreinte myo-dynamique. N'est-ce pas cela un Missionnaire ?
Qui d'autre dans son domaine a su plus que lui motiver des prothésistes prêts à abandonner. J'ai reçu bon nombre de témoignages d'entre vous m'ouvrant les yeux sur ce personnage, j'ai appris à le connaître aussi au travers de votre vécu personnel avec lui. Certains le décrivant tantôt comme un grand homme, tantôt comme une locomotive ou un puits de science , même un mythe suscitant l'admiration autant que la jalousie.
Elle nous manque sa moustache légendaire, ses coups de gueule mémorables, sa verve inlassable et son éloquence. Qui aboiera férocement au son des noms des grandes compagnies dentaires comme il savait si bien le faire ? Ses stagiaires savent bien de quoi je parle.
Je salue ici l'homme, le professionnel et le père, desquels j'ai tiré ce que je suis devenu aujourd'hui.
Moi comme tant d'autres dans la profession, nous lui devons énormément. Pour ma part je lui dois tout , jusqu'à mon existence même. Son héritage restera vivant au travers de ses enseignements et aussi au travers des prothèses que ses stagiaires réalisent suite à ses conseils.
Sa philosophie me reste en mémoire « Ecoute la nature et elle te respectera. » c'est ce qu'il disait pour illustrer le fait qu'un enregistrement intra-oral était donné par le patient et non induit par le praticien.
Je suis heureux qu'avant sa chute j'ai pu le conduire à deux reprises à Chitrakoot, en Inde, où il a œuvré en bénévole pour l'association Global Denture que j'ai crée. Il a enseigné aux Indiens son art.
Ce travailleur inlassable n'aurait jamais pu abandonner la prothèse et elle le savait bien, c'est elle donc qui l'a eu.
Vendredi 5 octobre 2012, Hugues Bory, nous a quitté.
Julien Bory julien.bory@gmail.com

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  TEMOIGNAGES (1)

  Aujourd’hui si tout le monde reconnaît le talent d’Hugues BORY, il n’en fut pas toujours ainsi et de nombreux chirurgiens-dentistes Normands et pas seulement, le boycottaient, soupçonné d’être un dangereux denturologue et évité par de nombreux confrères pour ne pas déplaire à ces derniers comme l’attestent encore aujourd’hui quelques témoignages (news2)
C’est à cette époque que je fis sa connaissance, curieux de découvrir celui qui dérangeait le petit monde dentaire normand. De cette première rencontre, je garde l’image d’un homme humble, souriant et convivial, passionné et généreux, avec lequel je pus échanger longuement sur les différentes orientations possibles pour l’avenir de notre profession.
Curieux et assoiffé de connaissances comme l’atteste son cursus professionnel, Hugues aimait les partager aussi bien avec les jeunes étudiants de l’ENSPO de Cergy, qu’il me fit visiter avec fierté à plusieurs reprises, qu’au travers des stages Prothèses totales bi-max pour des confrères plus aguerris.
Dans les années 2000, en partenariat avec la Société Rotec, Hugues devint pour tous l’ambassadeur de la méthode Gerber et des produits Candulor, mais également le référent pour de nombreux spécialistes en Prothèses totales bi-max, en formant plusieurs centaines de prothésistes dentaires à travers la France.
Pour tous, c’était une remise en cause tant il bousculait nos acquis, révolutionnait notre approche de la prothèse totale bi-max et élargissait nos champs de compétences. Hugues ne se contentait pas de dispenser des cours théoriques, il avait à cœur de les démontrer en pratique, dispensant sans compter ses astuces et tours de main. Intarissable et fascinant Hugues captivait son auditoire et les stages se poursuivaient au cours du dîner et finissaient souvent très tard autour d’un verre au bar de l’hôtel.
La formation était si dense et les domaines explorés si nombreux, que je proposais à Hugues de dispenser sa formation non plus sur 3 jours mais sur 48 jours à raison de 2 jours par mois pour un groupe de 10 stagiaires. Enthousiaste, Hugues adapta sa formation, approfondissant tous les domaines, de l’empreinte primaire à l’équilibration, de la cire d’occlusion à la polychromie, de l’enregistrement d’occlusion à l’équilibrage en bouche, invitant de nombreux intervenants, prothésistes dentaires ou chirurgiens-dentistes, tous spécialistes en prothèses totale bi max afin de confronter, les théories, les techniques et les points de vue. Je me souviens des patients servant de cobaye pour les stagiaires qui découvrant notre profession et ses complexités, restaient suivre les formations.
Plus tard, avec les stages 3P, je réussis à faire venir plusieurs chirurgiens-dentistes normands qui hier le boycottaient et maintenant arrivaient accompagnés de leurs prothésistes et d’un de leurs patients particulièrement difficiles à appareiller.  Hugues n’avait pas son pareil pour se mettre dans la poche les chirurgiens-dentistes hostiles en quelques échanges, tant il les surclassait par ses connaissances, ses compétences et la pertinence de ses propos tout en faisant faire toutes les étapes prothétiques comme cliniques par les prothésistes stagiaires, un clin d’œil à la denturologie.
Lorsqu'il était en Normandie, Hugues venait souvent le week-end à mon laboratoire où nous réalisions des vidéos sur ses différentes techniques et tours de main qu’il dispensait lors de ses stages. Peu de temps avant de tomber gravement malade, il me présenta son projet de livre qui reprenait l’ensemble de ses cours de formation, malheureusement il n’eut pas le temps de le publier.
Aujourd’hui nous sommes nombreux à perpétuer sa mémoire en appliquant sa méthode au quotidien dans nos laboratoires ou lors de stages techniques comme le fait Pascal Donnou en partenariat avec la société Rotec.
Pierre Yves Besse Prothésiste Dentaire

Nombreux sont les témoignages sur Hugues Bory. Nous faisons donc exceptionnellement une suite au tableau d’honneur de l’APD sur ce formidable Prothésiste Dentaire.

new02.jpg Extraits de commentaires et réactions sur Hugues Bory

J’ai l'impression en recevant la documentation que le bonhomme n'est pas dentiste mais prothésiste (avec une liste de titres à rallonge d'ailleurs) or c'est lui qui s'occupe de faire les empreintes en bouche pendant le stage.Ce seul point me fait me poser des questions quelqu'un en a-t-il déjà entendu parler, ou mieux, a-t-il fait une des formations proposées par ce M. Bory ?

Maz Chirurgien-Dentiste (Eugénol)

  Je l'ai faite et j'ai été scotchée par les cas. Mais il est effectivement prothésiste.
Mais pour avoir vu les cas en bouche, les PAC tiennent toute seule, sans crête et sans colle...

Séverine Chirurgien-Dentiste (Eugénol)

  J’ai suivi tous ses stages à Lille au CFA ce fut pour moi un grand moment.

il nous a montré une technique que lui seul avait, je me souviendrai à jamais de sa gentillesse et ses coups de gueule, merci monsieur pour ce savoir que vous m’avez transmis, mes respects à sa famille.

Véronique Bury Prothésiste Dentaire

  Bonjour et merci pour ce témoignage en l'honneur d’Hugues Bory,

J’ai moi-même fait plusieurs stages avec lui à Marseille et Caen,et il est vrai que cela était déroutant et enrichissant, je lui dois beaucoup en ce que je suis devenu professionnellement, il nous a émancipés, dommage qu'il soit parti si vite, son activité l'a dévoré.

Laurent Masson prothésiste Dentaire

   2002. Premiers contacts avec Hugues Bory. J’étais prothésiste, spécialisé en prothèse adjointe. Trente minutes après le début de la formation j’étais Prothésiste spécialisé en rien .

Le petit questionnaire d’évaluation de niveau avait semé la panique parmi les participants. Ce fut le début d’une formation qui après quelques mois nous à permis d’être des prothésistes spécialisés en prothèse adjointe totale. Anatomie, physiologie , kinésiologie , techniques de montage etc…. Cours pratiques également sous haute surveillance. Tous les cours de Hugues étaient accompagnés d’un support pédagogique écrit. Nous avons également eu la participation de plusieurs intervenants. Grace au dynamisme de Hugues nous avons très vite formé un groupe très unis, et cela m’a laissé un de mes meilleurs souvenirs professionnels. Cette formation a été le début d’un changement total dans ma carrière professionnelle. Hugues Bory, ce nom ne peut être dissocié de celui du Professeur Gerber. Il enseignera la méthode Gerber pendant des années. Personnellement Hugues Bory m’a apporté beaucoup par son dynamisme sa gentille sse et son expérience. Il a développé ma curiosité intellectuelle, qui était en sommeil dans une routine de laboratoire. Il poussait ses stagiaires à apprendre et à comprendre.

Pascal Donnou Prothésiste dentaire

  J’arrive hier pour voir les empreintes primaires de ma patiente…

Puis une matinée entière à regarder les prothésistes faire les PEI avec des rappels d'anat archi-poussés.

Le bonhomme est à la fois très bon et bon enseignant… Le tout dans une ambiance limite déconne très agréable.

L'après-midi les empreintes secondaires… Et là ça a été bluffant.
On l'a regardé faire une empreinte sur un patient, puis j'ai fait de même sur ma patiente en suivant son protocole :
Le résultat est hallucinant, le tout de façon très simple. Et toujours dans une très bonne ambiance avec des patients qui ont passé quasiment trois heures sur place et qui sont repartis avec un grand sourire.

Après, on pourra critiquer l'hygiène dans laquelle on a fait les empreintes l'après-midi !

Hugues Bory est donc bien prothésiste, mais il se déplace aussi dans des cabinets dentaires pour faire les prothèses.
Bory fait dans la journée la prothèse, le patient part avec ses nouvelles dents le soir.
J’attends la suite niveau occlusion pour les deux prochains jours, mais on a déjà fait la partie théorique de la prise des rapports, et il a l'air très sûr de lui quand il dit qu'il n'y aura pas les interminables réglages à faire une fois la prothèse posée en bouche.

Maz Chirurgien-Dentiste (Eugénol)

  On a eu droit à une version de "33 J", autrement dit très intense. Mais les résultats sont bluffant. L'ambiance est excellente et le mélange patient/praticiens/prothésistes est une excellente chose.
Hugues Bory est à la fois très sympathique et très compétent, ses connaissances anatomiques dépassaient, à ma grande honte, largement les miennes….
….Le point fort est la prise des cires : détermination de la DVO, prise des rapports inter-maxillaires à l'aide du système de pointeau : une fois la prothèse réalisée, on retrouve en bouche la même situation que sur l'articulateur.

Pendant le stage tu es encouragé à venir avec un de tes patients, comme cela, tu réalises en pratique à mesure que tu vois en théorie et cela te paye une partie du stage….Les appareils sont maquillés (voir son site, un résultat impressionnant) et les dents sont en composite afin de faire une occlusion parfaite dans tous les mouvements et aussi pérenniser l'occlusion en limitant l'usure des dents.

J’ai la chance que le prothésiste qui nous a reçus pour le stage ne soit pas trop loin de chez moi et du coup nous réalisons ensemble la phase la plus complexe, c’est-à-dire cires et rapports intermaxillaires : c'est pratique car je révise un peu plus à chaque fois, c'est très bon pour l'acceptation de la prothèse car le patient voit ton travail, celui du prothésiste, et il constate que ce n'est pas fait par-dessus la jambe.

En gros, je me suis rendu compte que je ne savais pas faire de belles PAT et je suis plus confiant, même si le 100 % de réussite n'est jamais de mise, lors de la réalisation de PAT. Et le bouche-à-oreille fait que j'en fais de plus en plus.

Omega (Eugénol) Chirurgien-Dentiste

  Hugues,

Un excellent confrère de qualité, passionné de tour de magie, professionnel, humble, discret doué ayant beaucoup de connaissances sans oublier la kinésiologie dont il en était fier, pour l'avoir enseigné à ses confrères réceptifs, puis en faculté dentaire. Sujet qu'il maîtrisait à la perfection et savait le mettre en œuvre durant son exercice.

Je suis parti avec lui au Canada pour faire un 1er stage. Pour moi c'était un homme Bon.

Christian Besnier  Prothésiste Dentaire

  Merci d’avoir fait l’éloge d’Hugues Bory. C’était un enseignant hors norme. Il s’est donné tel un apostolat à la PROTHÈSE COMPLÈTE bi max et ses connaissances et son expérience ont permis à de nombreux professionnels à devenir de bons Prothésiste ou dentistes. On lui doit énormément de reconnaissance et son nom restera gravé dans nos mémoires. MERCI HUGUES BORY!!

Jean-Paul Marsat   Prothésiste dentaire

  J'ai découvert Hugues Bory par ses publications dans le journal "Prothèse Dentaire" dans lequel je publiais souvent à l'époque. Ses articles étaient si élaborés que je les ai tous découpés et rangés soigneusement dans un classeur. Étant depuis longtemps séduit par les théories et pratiques du professeur Gerber et étant ami de Max Booshart, j'ai désiré faire la connaissance de Hugues Bory. Ce fut le début d'une amitié des plus sincères. Il fascinait par son énergie. Et par la passion et l'amour qu'il vouait à son métier. C'était pour tous un immense plaisir de l'écouter, et pour lui un jubilation de transmettre tout ce qu'il avait appris par tant de labeur, quelle expérience, c'était impressionnant. Et toujours cette bonne humeur, et les grands fou rire que nous avons partagés. Jusqu'au jour, ou......j'étais dans ma voiture, au parking, le téléphone sonne, mon dieu, c'est Julien ! Papa est mort me dit-il. Et voilà, je perdais un ami, et la prothèse perdait un grand Maitre.

Yves Georges André Probst Prothésiste Dentaire

Un grand et émouvant merci à l'Association Perspectives Dentaire et Jean-Jacques pour l'hommage rendu 
à notre ami Hugues Bory. Pour compléter les dires de mon ami et ancien associé Christian BESNIER, Hugues lors du voyage au Québec de la première cohorte de 15 Prothésistes - Français de France, comme nous appellent les québécois - fût remarqué pour son excellente prestation en Prothèse Adjointe Totale tant sur le plan technique que clinique et ce, en toute humilité. Ces contrôles d’acquis furent sur sans concession et il obtint la meilleure note 20/20...
Nous ne fûmes pas surpris connaissant ses qualités professionnelles et humaines.
Hugues assura aussi conférences, cours d'Anatomie tête et cou ainsi que travaux dirigés en PAT à l’ENSPO avec passion. Ses qualités d'Enseignant fît rayonner l’ENSPO lorsqu’il s'investira notamment entre autres dans la formation d'étudiants de fin de 3° année de l’école de Prothèse l’In.a.D. à RABAT (Maroc) avec toujours la même passion et rigueur. 
Hugues, tu resteras toujours parmi nos amis les plus précieux dans nos pensées et nos coeurs.
Respectueusement à sa Famille,
Max GROS, Retraité
Ancien Directeur de l'ENSPO
Prothésiste Dentaire, Épithésiste 
Denturologiste (Diplôme canadien)

Hugues Bory est décédé en octobre 2012

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Jean-Vincent Pioli

J’ai connu Jean-Vincent Pioli en 1970, présenté par Paul Pretto, le directeur de l’Ecole Dentaire Française lorsque nous suivions ses cours.
Prothésiste Dentaire, Ceinture noire et professeur de judo, Jean-Vincent était un homme de conviction, mais aussi d’action et d’engagement.
Secrétaire Général du syndicat CGT des Prothésistes Dentaires, il avait commencé dans les années soixante son combat afin « d’imposer la reconnaissance de notre métier, profession sans autonomie et dépendant d’une autre profession, indispensable à la santé, méconnue de la population, ignorée des pouvoirs publics… » 60 ans après ses mots sont toujours présents.
Pressions, manifestations, il fut de tous les combats et eut aussi le courage d’organiser et de faire une grève de la faim en 1967 pour la reconnaissance, entre autres, de notre titre de « Prothésiste Dentaire » promulgué par Edgar Faure Ministre de l’Éducation Nationale.
Voisin et ami pendant des dizaines d’années je n’oublierai pas ces soirées animées que nous passions régulièrement avec Claude Landez, Bruno Giordano, Michel Goldberg, sans oublier  cette mémorable journée dans l’ancienne usine de Marcel Louvet, ancien PDG de la « Franco-Suisse », cette formidable entreprise, d’innovation pour les laboratoires dentaires, aujourd’hui disparue. Condamné pour homicide dans des circonstances professionnelles , ce dernier fit de la prison et Vincent Pioli fut l’une des rares personnes à lui rendre visite à Fresnes.
Jean-Vincent avait côtoyé également Raymond Leibovitch (Professeur à l’université Paris V) personnalité alliant tous les talents, conférencier plein d’humour et grand ami des prothésistes dentaires, Marcel Vevaud (MOF- UNPPD)  mais aussi Yvan Deschamps, le premier à avoir institué en France la prothèse adjointe métallique avec Vitallium, lui aussi  personnage également exceptionnel. Ne voulant pas voir inscrit son nom dans la revue CGT de Pioli, mais ayant de l’amitié pour lui, il payait pour avoir une page blanche.
Mais, on ne peut parler de Jean Vincent Pioli sans parler de ses 3 livres dont le premier est un petit bijou. « Pain sans chocolat » qui se situe entre Paris et Vivario en Corse. Nous revivons les années d’un môme des faubourgs, une sorte d’Antoine Doisnel des « quatre cents coups » de  François Truffaut. Jean-Vincent décrit avec charme et humour, le vécu d’une époque où l’on s’émerveillait à la découverte de la France d’avant-guerre. Nous découvrons un livre plein de senteurs et de couleurs au travers des colis envoyés par la famille corse qui sentaient bon la charcuterie : coppa, lunzo, figatellis mais aussi la polenta de châtaigne et haricots corses. Puis les voyages dans l’île de beauté à Vivario dans cette si belle forêt de Vizzavona et ses pins laricio, le train, les vieux qu’il fallait embrasser, la maison de sa grand-mère sans électricité, ni toilettes, mais cette femme qui a fait aimer la soupe à Pioli, une soupe qui mijotait sept bonnes heures avec les légumes du jardin, du lard et de l’huile d’oliv e. Plus loin le cabanon, avec l’âne et la chèvre. Pioli ne faisait pas partie des enfants gâtés, mais sa vie était peuplée de gens simples qui travaillaient très durement pour des salaires dérisoires, et où l’amitié et la solidarité étaient quotidiennes. Son univers était aussi la rue, où il fallait être le plus fort au sens réel et au figuré. On ne peut que penser aux photos de Cartier Bresson ou de Doisneau en lisant « Pain sans chocolat » .On peut encore trouver quelques exemplaires de son livre sur internet.
Le deuxième livre de Pioli, édité en 1999 « voyage dans les années 50 » retrace sa jeunesse, son CAP de mécanicien-dentiste en 1949, aussitôt embauché à la polyclinique des métallurgistes, ses cours de judo, les filles et les filles, les amours, son service militaire, son militantisme et ses espoirs, la fédération internationale des prothésistes dentaires, 21 pays adhérents aussi différents que les USA et la Chine, l’Egypte ou Israël, avec l’évocation d’une émouvante lettre d’un prothésiste dentaire de 19 ans Emile David*, à sa mère avant d’être  fusillé par les nazis à Chateaubriand, Loire Inférieure, en 1941.
Enfin « ADN » un roman paru en 2003 dans lequel nous découvrons l’inspecteur Santini (Corse) et Marc (le Prothésiste Dentaire) dans une banlieue parisienne que nous décrivent si bien les journaux en quête de faits divers et les sociologues en recherche d’explications. Jean Vincent Pioli nous entraîne dans ce livre sur les fausses preuves d’une enquête policière bâclée, d’un coupable tout désigné, dans un univers de petits gangs et d’identités culturelles différentes .130 pages à lire d’un trait.
Un jour, Jean Vincent est passé à mon laboratoire, me montrant  une lettre manuscrite de félicitation et d’encouragement de Jean d’Ormesson pour ses ouvrages. Il en fut très fier,  à juste titre. Comme quoi, on ne peut partager les mêmes idées et actions politiques, et se retrouver sur des sujets communs. Mais quel honneur pour Jean-Vincent, me semble t-il.
Bien sûr, il méditait à la fin du XX siècle sur ses engagements politiques passés, et n’hésitait pas à en parler en promenant son petit-fils devant mon laboratoire. Jean-Vincent Pioli est décédé en 2013. Sa fin fut douloureuse. Cérémonie familiale, très peu de prothésistes dentaires assistèrent à son enterrement au cimetière de Montreuil. Avec un caractère bien trempé, il n’eut pas que des amis, et certains prothésistes dentaires m’ont fait part de son intransigeance, « Nobody is perfect » .Même si les opinions politiques ou syndicales divergent, elles s’entrecroisent parfois. Paul Pretto, Claude Landez , Claude Pichard…  ont côtoyé Pioli , à une époque où notre profession tout entière était plus unie, et les initiatives plus fortes.
A titre personnel, Jean-Vincent m’a donné envie de découvrir et d’aimer la Corse, ce que je n’ai cessé de faire depuis.
Si j’écris aujourd’hui  ces quelques mémoires, c’est qu’il fut un exemple dans ce qui est toujours possible de faire dans la vie, si on en a la volonté.
Rien ne convient mieux à Jean Vincent Pioli que le vers d’Alfred de Musset en préambule de son « Voyage dans les années 50 » : «  Et vous aurez vécu si vous avez aimé »
Jean-Jacques Miller   jjmiller@apd-asso.fr

P.s.
"Cher Jean-Jacques,
C'est en effet la tristesse. Pioli était si dynamique, vivant, et plein d'humour.
Je garde un merveilleux souvenir de nos repas pris en commun…..
Michel Goldberg
Professeur émérite
UMR-S  747- INSERM Université Paris Descartes
Equipe 5, UFR Biomédicale"

 (17 mai2013)

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* lettre d’un mécanicien-dentiste de 19 ans, Emile David, à sa mère avant d’être fusillé par les nazis à Chateaubriand, Loire Inférieure, en 1941:

  " Ma chère petite maman adorée, et mon petit frère René, ainsi que mon cher papa,

A l’heure où tu recevras ces quelques mots, je serai loin de vous et pour toujours. En effet, il est 1h30 et les Allemands viennent nous chercher pour être transportés vers une destination inconnue.

Je vais vous dire tout de suite que je dois être fusillé, ainsi que 26 autres camarades. Nous mourrons avec l’espoir que ceux qui resteront aurons la liberté et le bien-être.

Mes dernières pensées sont celles-ci : j’ai fait une paire de sabots à trèfle à quatre feuilles pour toi chère maman ; et l’hydravion pour mon cher petit frère. Je n’ai rien pour Suzanne. Je demanderai qu’une partie de mes photos lui soit remise. Bien triste souvenir que cette lettre, mais mourir à présent ou plus tard, cela n’a pas d’importance.

Ne t’en fais pas, maman, et garde ta force et ton courage, car songe qu’il y a mon frère, mon cher petit René à élever. Toutes mes affaires te seront transmises et tout mon matériel.

Adieu, ma chère petite maman, et adieu aussi à toi mon cher René.

Je n’écris pas à papa, car cela le chagrinera assez vite. Adieu, une dernière fois et songez que tous mes camarades pensent à vous.

Adieu, mon bon papa ; je vous ai toujours aimés malgré que je vous aie fait beaucoup de peine.

Adieu, adieu à tous."


N.b.: Le mercredi 22 octobre 1941, jour de marché à Châteaubriant (il y a donc beaucoup de monde en ville) les otages, partis du camp de Choisel en camions, chantent La Marseillaise pendant tout le trajet. On leur a donné 30 mn pour écrire une lettre à leurs proches. Tous refusent d’avoir les yeux bandés face aux 90 SS du peloton d’exécution. Ils sont fusillés en trois groupes de neuf.





Association Perspectives Dentaires, ( association loi 1901). 19 av, sainte marie 94160 Saint Mandé. contact@apd-asso.fr https://twitter.com/apdasso


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